Jeudi 23 avril 2015

Il m’a souvent été conseillé d’être légère sur le réseau social. C’est un conseil qui me pèse, j’en tiens compte n’ayant pas l’âme d’une moralisatrice, loin de là. Sans mentir, j’aime mieux rire et me passionner pour des vétilles de lectrice. D’ailleurs, si mes statuts s’arrangent parfois pour se montrer de plus en plus scandalisés ou rageurs, je décline la responsabilité totale de leur apparition. Parce qu’entre nous, elles sont tristes les nouvelles quand on les couple pour des valses morbides comme celles dans les tableaux peints au 19e. Et je ne parle pas du sport de salon qu’est la politique, mes compétences sont tellement médiocres que mieux vaut me laisser dormir au fond des gradins. Je suis primaire : je reste attentive aux pitoyables crimes contre l’humanité, la liberté et l’égalité… rétrograde ? Peut-être, mais dans ce cadre, rien de ce que peuvent dire les analyses politiques, économiques, ou je ne sais quoi qui paraît digne d’attirer leurs votes à mes concitoyens, enfin ce qu’il en reste prêts à voter, ne suffit à justifier les manquements à ces concepts dans mon esprit.

Si j’ajoute l’attitude détestable envers les Roms, la répression étonnamment excessive à l’encontre des manifestants, la stigmatisation des migrants comme d’une lèpre invasive (rappelez-vous, les enfants derrière les grillages avant de les réexpédier avec leur famille on ne sait où, les sans-papiers expulsés vers un destin cruel pour n’avoir réussi à renouveler leur droit de séjour, les Africains qui arrivent accueillis dans des taudis s’ils n’ont pas péris noyés), les différentes manœuvres insidieuses qui tentent de dresser un portrait tolérant de la France tout en exacerbant les haines raciales (les tristes retombées de Charlie), avec de petites choses moins remarquables, comme les fermetures successives de tous les lieux de rencontre culturelle ou populaire, ou des décisions inquiétantes parmi les grandes réformes bizarres pas très républicaines, comme le projet de surveillance généralisée, et puis les différentes bavures policières et, pires, de la justice, etc. si j’ajoute tout ça, ce n’est pas rassurant.

Je me demande quand même si je suis parano, mais si l’on peut tous nous surveiller, sans qu’on le sache et sans qu’on puisse pourvoir à notre défense ni même en demander les raisons, ou « blancoter » les audiences de justice tandis que le témoin à charge n’est jamais visible, ce sera encore plus flippant qu’aujourd’hui, non ?

Oh, je suis bien persuadée de ne pas être la seule à penser cela, je fais un résumé parce que parfois, un peu solitaire devant une information brutale, mes claquages de plombs font plus de mal à autrui qui partage déjà ma colère, et c’est injuste. Mais la légèreté me pèse bien qu’elle soit nécessaire pour vivre en société.

 

J’écrivais ce texte il y a deux ans, le moral en berne après les élections départementales. Ma manière de penser n’a pas varié, j’ai poussé d’autres cris de colère, j’ai provoqué encore les « standards de la communauté » de Facebook. Finalement, je ne le regrette pas : la société virtuelle aussi a besoin d’être secouée par les courants d’idées, elle a autant d’incidence sur notre vie que les manifestations qui drainent les gens dans la rue, aujourd’hui. C’est une constatation sans parti pris, ceux qui préfèrent s’imaginer qu’un quelconque phénomène social de cette envergure est négligeable, réservé à l’amusement, se leurrent, quelles que soient les raisons qu’ils invoquent. L’extrême-droite l’exploite depuis longtemps pour insulter, effrayer, harceler et s’imposer comme une meute gagnante à laquelle il fait bon d’appartenir pour dominer… sauf qu’évidemment, à l’intérieur de la meute elle-même, les prétendants sont toujours prêts à s’écrabouiller entre eux, question de mentalité, voir les rapports haineux de la famille Le Pen, et malheur aux perdants. Impossible de les plaindre, ils ont toujours le choix.

Aujourd’hui, au premier tour des présidentielles de 2017, je me dis, comme il y a deux ans, que je n’ai jamais été seule, alourdie jusqu’à l’exaspération, par la légèreté face aux dérives insupportables de la classe politique occupée à gagner, à l’instar des frontistes. Gagner de l’argent, gagner du pouvoir, gagner des avantages, et pour cela, dissimuler les compromissions et les vols, et promettre les mêmes privilèges à tous en sachant parfaitement que les privilèges ne le sont que parce qu’ils sont réservés à une élite, le produit d’une élection qui ne retient que les meilleurs sujets d’un ensemble, la définition est impitoyable.

La démagogie des socialistes les a perdus, et à cause d’elle, la gauche a souffert de leur tiédeur sur tous les progrès sociaux accomplis en un siècle. Parce que cette gauche courait pour obtenir le premier prix dans la course organisée par la droite et l’extrême-droite, elle a revigoré l’élan pyramidal qui écrase le plus grand nombre. En Marche concourt pour le même podium, hélas, son mot d’ordre se veut aller de l’avant, calmement, mais il avance aussi sûrement vers la perte de beaucoup d’entre nous, de nos ressources naturelles, pour des profits financiers. Cependant, j’ai l’impression que dans la rue et sur le réseau (social, média underground et blogs), un mouvement de gauche plus sûr de lui, que n’effraie pas la violence économique, verbale et physique des frontistes, émerge durablement. Un mouvement qui n’estime pas que la victoire est une fin à gagner par n’importe quel moyen pour dominer, mais l’outil nécessaire pour servir la population, insoumise, avec son accord réfléchi. Je suis peut-être optimiste en lui offrant mes espoirs, mais je le soutiendrai pour les idées qui nous unissent. Et on verra.

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