Heu… eh bien, l’immense majorité de l’humanité, je dois l’admettre. Et pourtant, quand je lis les incroyables chroniques de mon roman pour la jeunesse (très élargie, de 12 jusqu’à 557 ans environ), comme son héroïne Charlotte, je pense avoir investi le corps d’une auteure très chanceuse qui vivrait dans un monde de lecteurs formidables.

Dans notre univers, Charlotte Caillou contre les Zénaïdes est en vente sur le site du Carnoplaste et sur le site des Moutons électriques. Le 25 novembre, il sera disponible aux Rencontres de l’Imaginaire.

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Jean-Hugues Villacampa m’a offert un doublet en diffusant sa chronique pendant le temps imparti qu’il occupe dans l’émission de radio angevine, L’altro musica, et dans les pages de la revue La Tête en Rêve, toutes deux des émanations d’ImaJn’ère, l’association des littératures populaires et de l’imaginaire à Angers. D’ailleurs, savez-vous que je me rendrai son festival ? Voilà, vous êtes au courant, j’aurais le grand plaisir de revoir le jardin du Mail et de saluer le roi René, souvenirs d’enfance, et, surtout, de rencontrer tous ceux qui viendront au salon.

La tête en rêve — numéro 18 — Février/Mars — Page 2 sur 12
Au cas où je ne vous l’aurais pas signalé, je suis un immense fan de Charles Dickens. Mais un énorme hein ? Un exemple : je ne m’autorise que 20 Pléiades (la collection de Gallimard en papier bible, ancêtre d’Omnibus et Bouquins qui a eu l’heureuse idée de sortir récemment Jack London en intégrale), trois d’entre eux sont des Dickens. Pire, je les relis ! Le bonhomme a ses qualités et défauts mais fait de l’époque Victorienne un théâtre satirique tout à fait réjouissant. Etant passé par tous les niveaux sociaux, il est un témoin et acteur d’une époque privilégiée dans un monde où le libéralisme prend naissance avec son lot de grands bourgeois et d’extrême pauvreté et son écriture très riche est tout à fait abordable. La majorité de son œuvre est sortie en feuilletons dans des… fascicules !
Le pastiche de Dickens est un exercice casse-gueule dont certains sortent vainqueurs avec élégance. Un exemple au hasard : « Roublard » de Terry Pratchett sorti chez l’excellente maison d’édition L’Atalante, nos voisins de Nantes. On y retrouve entre autres Charles Dickens dans unconte merveilleux, parfaitement maîtrisé (que j’ai chroniqué par ailleurs).

Charlotte Caillou Contre les Zénaïdes, Le Carnoplaste, 2016.

Quand j’ai reçu le colis contenant les quatre derniers fascicules du Carnoplaste, commandés auprès de Bob le martien, je suis tombé à l’arrêt devant la couverture de celui de Christine Luce « Charlotte Caillou ». Une illustration de Albert Ludovici senior qui pourrait sembler naïve en demi-teinte mais digne d’une attention permettant d’y trouver une foultitude de détails où l’artiste s’est amusé dans la trilogie récurrente des grands feuilletons du XIXème siècle : pauvreté/enfance/joie.
Albert Ludovici est l’un de ces peintres naturalistes qui foisonnaient dans le siècle de Dickens avec une qualité de lumière tout à fait remarquable. Il avait une prédilection pour les enfants et une scène de trois jeunes garçons jouant aux billes est restée célèbre.
Tout est maintenant en place et que va nous faire Christine Luce avec tout ça ?
L’héroïne de cette histoire est une petite fille qui vit dans une maison particulière avec des parents qui ne le sont pas moins, de manière tout à fait sympathique d’ailleurs. D’une grande maturité, on la sent aussi profondément empathique et semble bien entendu sensible aux tourments que peuvent subir ceux de son âge.
Charlotte Caillou détient un pouvoir onirique remarquable : elle est capable de prendre la place d’une personne étrangère dans ses rêves. Ses capacités d’adaptation à toute nouvelle situation sont remarquables et elle trouve très vite ses repères lorsqu’elle s’éveille dans un orphelinat de fortune dans ce qui semble être le Londres du XIXème. Envoyée en mission de récupération de fruits par une mégère au grand cœur, elle est vite entourée par une marmaille exubérante qui va l’entraîner de lieux pittoresques en lieux pittoresques jusqu’au drame : l’apparition des Zénaïdes.
Quelles sont ces mystérieuses jeunes filles ? Pourquoi agissent-elles de cette manière ? Quel est cet étonnant marchand de jouets à la devanture animée qui frise avec la magie ? ET ce mystérieux et troublant Peter, d’où sort-il ?
Christine Luce nous entraîne dans son histoire dans un style gambadant avec suffisamment d’une sucrerie légèrement surannée pour nous entraîner dans des rêves d’enfance d’un autre temps avec des remontées graphiques de Loisel. Le but de l’histoire quitte les sentiers du naturalisme pour nous imprégner de rires, de peurs, de courses et d’un tantinet d’enchantement.
Ne doutons pas que nous pourrons suivre d’autres aventures de Charlotte Caillou de manière à étoffer ce personnage qui mérite une vraie densité dramatique.

Jean-Luc Boutel est le président d’une savante société d’aventuriers, on nomme ses membres savanturiers, justement. Ensemble, ils possèdent un gigantesque musée dédié à la littérature imaginaire depuis ses balbutiements, vers 12 862 avant notre ère… J’exagère à peine. Je suis épinglée sur un panneau de Jean-Luc à deux endroits, pour les Papillons géomètres et pour Charlotte Caillou, aussi rougissante qu’une rosière… enfin, je veux dire que je me teinte d’écarlate quand je lis sa chronique. Pour ne pas sombrer définitivement dans le bouillon rouge, vous n’aurez ici que l’extrait final de sa rubrique les Coups de cœur du moi.

[…] Il y a dans cette histoire le souffle puissant des contes d’autrefois et ce n’est pas un hasard si l’on y retrouve l’empreinte de J.M.Barrie, de Andersen et de Dickens. On y puise ce relent puissant des lectures qui ont jalonné ton enfance et qui continuent encore à t’impacter d’une aussi merveilleuse façon en trouvant ce parfait équilibre entre contes pour enfants et histoires pour adultes. Il y a dans ton style ce petit rien qui n’est pas donné à tout le monde et qui fait que malgré la difficulté de la thématique, tu parviens à nous transporter et nous faire voyager bien au-delà des mots.

Tout est fait, dans le choix de ton héroïne, pour que nous la trouvions sympathique et attachante et cette aventure, qui ne dure que le temps d’une journée/rêve est riche en péripéties et en coups de théâtre. Charlotte est l’archétype de l’enfant débrouillarde au possible, intelligente et malicieuse, habituée à vivre hors du temps, car son existence est construite sur un schéma où l’imaginaire est un art de vivre. Elle y affronte de fait cette incroyable aventure avec tout le sang-froid que cela impose. Pas évident d’écrire une histoire mettant en vedette des enfants, cela pourrait devenir vite chiant, lourd ou naïf sauf que là, il y a un sens de la narration tout à fait dynamique, une sorte de jeux avec les mots et tu t’amuses alors, avec le langage en tant que matière modulable à l’infini, à construire autant de mondes que l’imagination fertile de Charlotte est en mesure d’inventer et son pouvoir semble sans limites.

Dessin de Samuel Minne

Christine est une virtuose des mots, offrant des descriptions possédant la richesse de celle qui, au fil des années, s’est imposé comme règle un maniement du langage qui enchante notre plaisir de lecture, et ce n’est pas un vain compliment, sans toute trace de flagornerie gratuite, que de dire combien sa prose est agréable et délicieuse et avec quel plaisir j’ai dévoré avec avidité chaque phrase, chaque exercice de style, chaque moindre petit mot. Tout dans sa narration semble couler comme de source et je ne peux que vous exprimer ma joie à la découverte de chapitres aux titres qui sentent bon la confiture et l’encaustique, de cette merveilleuse patine dont le lustre unique est le reflet de toutes ces choses dont on fait les bonnes histoires. Franchement les amis la seule lecture du chapitre 9 « Merveilles » et le 16 « Tapage nocturne » (avec une mention spéciale pour le suivant « Un grand-mal ») suffit pour comprendre combien elle est habitée par un talent fou et pousse le lecteur dans des situations cocasses, drôles, dramatiques mais jamais ennuyeuses. Tout dans son écriture est une invite au voyage, à la relecture de nos classiques, elle est le témoignage de celle qui possède la force de ces histoires écrites avec le cœur, le regard plein de tendresse et d’amours pour les choses bien faites. Pour l’occasion, je me suis fait petit Poucet et pour le coup je ne regrette pas d’avoir suivi les traces de cet adorable petit « Caillou ».

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