Je suis mon ombre portée sur le monde
la silhouette imprécise engloutie dans la boue
que le passant pressé sous la pluie piétine

Je suis le profil glissé le long du mur des bâtisses
la tache au contour indécis qui vacille à l’éclaircie
un mirage à l’orée du regard au cours du voyage

Lavé par le ciel
mon visage d’encre bave une mouvance éperdue
ma danse informelle anime une pantomime
aux membres grêlées de saillies mutilées

Je sautille au gré de la luminosité volage
en l’espace imparti de l’instant
ma rémanence s’attarde sur sa rétine
et le marcheur incertain tressaille et ralentit.

 

Les papillons géomètres, Les moutons électriques, 2017. Détail de la couverture de Melchior Ascaride.

La première esquisse de ce poème est née au commencement de l’année 2015. Depuis, je n’ai cessé de modeler les traits du personnage le plus énigmatique de mon roman pour lui donner la consistance de l’incréé, ou plus précisément, « décréé ». Fantôme d’un papillon géomètre, sa course erratique représente la nature de l’esprit qui nous échappe quand, perceptible, il signifie la pensée d’un autre, semblable et différent. L’incompréhension trouble alors notre jugement ordinaire, il n’existe aucun moyen pour assimiler l’étrangeté de l’être qu’il incarne malgré notre intimité. Grâce à l’Arpenteur, la question se pose avec la clarté artificielle qu’on peut manipuler dans les fictions : l’inexplicable nous sépare-t-il quand l’essentiel nous unit ? Au contraire, peut-être le bouleversement de nos préjugés entretient notre réflexion et l’encourage à s’améliorer.
Le roman ne m’appartient plus tout à fait, la poésie demeure la mienne et je l’affile encore, car tout reste à dire quand j’écris des histoires.

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