Ce matin, j’ai partagé sur Tweeter et la page Facebook d’Esthète de mule un lien vers un article long, très long et sûrement assez complexe, que j’avais lu hier soir. J’ai relu cet après-midi l’exposé abordable, je pense, à n’importe qui sait lire le français. Mes partages sur les réseaux sociaux ont eu autant de succès que le plouf d’un grain de sable dans l’eau, alors j’insiste, au cas où, sur l’intérêt de cet article et d’un autre, paru sur ActuaLitté, plus marquant dans cette revue d’informations culturelles traitées trop souvent légèrement… d’après moi, bien sûr.

Le gros titre d’ActuaLitté « Quand Google, Amazon et Facebook  auront façonné ce monde sans pensée ni âme… » m’inspire la défiance habituelle, trop accrocheur sur le mode léger, difficile à prendre au sérieux. Pourtant, ce qui suit est plus subtilement porteur d’informations même s’il s’agit d’abord de présenter un livre, un essai peut-être à la mode, je n’en sais trop rien, peu au courant des médiatisations. Précédé sans surprise de la consensuelle image extraite de Matrix, la rédaction présente World Without Mind : The Existential Threat of Big Tech, de Franklin Foer, publié chez Penguin. Le journaliste d’ActuaLitté, Clément Solym, en résume les réflexions développées et l’une d’elles me touche particulièrement puisque elle m’a en partie décidée à fuir le réseau social en tant qu’individu :

[…] la capacité de Facebook à influer sur le comportement de ses utilisateurs : les émotions, outils d’interaction premiers, deviennent contagieux. Par pression sociale dématérialisée, on se refusera à un une réaction dont on envisage/projette qu’elle puisse nous mettre en défaut…

Cette pression ne cessait de me rendre mal à l’aise, pas assez solide pour y résister bien que je m’obstinais à dire ce que je pensais (sans me prévaloir d’une sagesse supérieure, au contraire, avec autant de doutes dont on peut se charger en touillant dans son coin) y compris à contre-courant. Mais au-delà de ce réconfort peut-être factice de lire une réflexion en accord avec la mienne, la suite de l’article m’a intéressée pour la référence vers l’article d’un blogueur : J’ai passé 10 ans dans Facebook. Ses conditions (générales d’utilisation) sont devenues constitution(elles).
Ce blogueur, Olivier Ertzscheid, est un universitaire spécialisé en sciences de l’information, a priori bien branché sur la vie politique au sens citoyen critique, et amateur de science-fiction (c’est amusant, il est actuellement aux Utopiales) même si ses goûts me rendent un peu méfiante. N’empêche que nonobstant ses idoles romanciers, son exposé donne matière à réflexion, et ça, j’apprécie.

Dans ce texte qui ne nécessite pas trop de requis pour comprendre, j’ai entrevu une démarche encore floue pour le commun des mortels, laquelle m’inspire une véritable méfiance (différente de la réaction dite épidermique) depuis le premier message automatique reçu qui me soumettait au « standard de la communauté » de Facebook.
Il m’a fallu quelque temps pour réaliser, et cela quel que soit l’événement qui suscitait le message, en faveur de mon opinion ou contre, que cette communauté non définie clairement, louvoyant pour ne pas l’être, signifiait communauté cliente et par là-même, divergeait de beaucoup d’une communauté citoyenne. En suivant la procédure de signalisation à Facebook, ou en devenant sa cible, c’est un service commercial, d’un type nouveau puisqu’il gère la société humaine à travers sa société commerciale, qui jaugeait en premier lieu le respect de la légalité. Là où la république (chose publique) se devait d’intervenir, elle déléguait sa gestion à une entreprise, car nulle alternative n’était envisagée dans ce message automatique.
En somme Facebook endossait un rôle de doublure efficace pour protéger ses activités commerciales, comme le font les vigiles dans les supermarchés… dont l’emploi se généralise en prenant des proportions inquiétantes dans la vie non virtuelle, d’ailleurs, bien au-delà de la protection des denrées en vente — le salon Livre Paris m’a traumatisée ! Si je ne me trompe pas, le vigile était sommé de se référer à la police et à la justice quand il constatait une infraction ou quand un client la lui rapportait, j’espère qu’il l’est toujours. Sur Facebook, et sûrement sur les autres réseaux sociaux, j’ai bien l’impression que ce n’est plus le cas. La conclusion est plutôt déprimante.

Il vaut mieux que je me trompe que si les blés se trompaient… dit le dicton, et j’en serais heureuse et soulagée, sauf que les blés sont désormais leurrés pour confondre les saisons.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *