Escapade à ImaJn’ère

Les grèves… eh bien, les grèves exercent une influence positive que l’on omet trop souvent de remarquer : dérouiller l’esprit d’initiative et provoquer l’alternative agréable à laquelle on n’aurait pas songé sans un écueil imprévu. En quittant Angers dimanche après-midi pour descendre plus bas vers le Morbihan, ce crochet en Bretagne avant de remonter dans mon pays du nord ressembla à s’y méprendre à l’échappée d’un programme bien réglé. Un verre rubescent de Chinon entre les doigts, quand je m’étalai dans un fauteuil à me chauffer les orteils devant le poêle au milieu de la forêt, je soupirai d’aise.

Arrivée vendredi soir, plus tard que prévu après une panne ferroviaire, l’accueil délicieux d’Élisabeth et de son trésorier de mari Patrice Verry me réconforta avec beaucoup de chaleur, que le temps capricieux, lui, prodigua parcimonieusement pendant mon escapade. Auprès de leur maison qui craque sous les pas, évadées de la chapelle reconvertie en bibliothèque d’archives archéologiques, les glycines embaumaient, j’ai rêvé à cette autre dame en noir du siècle dernier en murmurant souvent « Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat ».

Ces deux jours aux salons Curnonsky ne défaillirent pas à l’intérêt essentiel de leur fonction : la rencontre.
À ImaJn’ère, ma table éclectique — romans, anthologies, essais et revue — m’a offert la preuve irréfutable que le temps n’a pas de prise sur la bonne littérature imaginaire. Imperturbable aux coups de griffe envieux, moderne ou ancienne, elle continuera d’attirer les lecteurs malgré les rares rustres qui la traitent de vioque. Je remercie mes visiteurs pour leurs achats de l’un ou l’autre des livres exposés, ou de plusieurs !, mes piles à vendre ont diminué harmonieusement. Je les remercie aussi pour les échanges gratifiants autour des passions que nous partageons, art, illustrations, récits du 19e, nouvelles et romans, en particulier la jeune femme venue acquérir Les papillons géomètres après l’avoir lu, et embarquant Charlotte Caillou contre les Zénaïdes de confiance, j’étais touchée.

Pour ma part, la déception d’avoir manqué le jeudi la projection des films de Philippe Caza fut consolée par notre discussion plus qu’intéressante autour d’un autre sujet passionnant, en tout cas, qui me passionne : l’animation. Je crains avoir provoqué la file d’attente découverte soudain derrière moi, mais je n’étais pas la seule coupable ! Et d’ailleurs, j’admets n’éprouver qu’une culpabilité toute relative en regardant la très jolie édition avec DVD du court-métrage « Comment Wang-Fô fut sauvé » qu’il réalisa avec René Laloux sur un texte de Marguerite Yourcenar, mon acquisition signée pour l’enrichir davantage.

Et puis les salons sont aussi l’occasion de retrouvailles toujours agréables avec les amis : goûter à la complicité de Danièle et Brice, prendre le thé avec Willy qui démentit la légende des métalleux buveurs de bière, partager les réjouissantes répliques au tac au tac d’Annaïg et Karim, les fous rires de Laurent et Cassandre, ou la chaude affection de Philippe et ses enfants, ou encore les dialogues décalés avec Bob (Non !) jamais très loin de Julien. C’était bien. Sans compter, bien entendu, les nouveaux visages : nos hôtes d’abord, Jean-Hugues Villacampa et Carmen, et Pierre-Marie Soncarrieu, souriants et efficaces — merci beaucoup ! — puis de gens du métier, Luce Basseterre déterminée, Yael-July dont je ne risque pas d’oublier le prénom et la vivacité, Pascal Roussel, en compagnie de son épouse, que j’ai ramené d’un trait de crayon en 1988, Jérôme Verschueren « caramba encore raté pour la discussion », Cindy Canévet à laquelle je regrette de n’avoir pu lui dire en direct combien j’appréciais les dessins au noir vus sur son blog (mais c’est chose faite en différé), et Thomas Géha, camarade rallié sur le front des défenseurs de vieilleries qui a démontré, avec son ami Camille, qu’avec un peu de folie, tout finit par des chansons et une franche rigolade.

Probablement des événements m’échappent à l’instant, et je m’en voudrais plus tard de n’avoir pas mentionné plusieurs personnes sympathiques rencontrées, je vous prie de me pardonner.

De ce séjour, ma plus grande satisfaction demeure, et vous penserez peut-être que c’est un détail, d’avoir convaincu plusieurs d’entre nous tous de s’offrir Quand l’amour déraille, une anthologie de Flatland qui ose publier des auteurs toujours hors de l’ordinaire un siècle après leur disparition. Je vous souhaite autant de plaisir que le mien quand je lisais leurs nouvelles, écrites avec la sincérité de ceux incapables de réprimer leur désir de raconter l’univers comme ils le perçoivent lorsqu’il les émeut.

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