De l’art du vague à l’âme avec volupté, sans Mallarmé

Comme la maison vétuste chaque jour à la même heure atteint le point d’humidité et paraît baignée de larmes en suspension, le spleen embrumé m’afflige de sa langueur morose avec la rigueur d’un métronome impitoyable. Et pour complaire à nos esprits bruineux, chaque livre ouvert à cet instant diffus m’offre son lot de désespérance sans jamais défaillir.

À la recherche de distractions, ce soir-là, ma sérendipité naturelle… qui parle de procrastination dans les rangs ? Le mot procrastination est laid, je ne procrastine pas, je combats l’ignorance — et la mélancolie, montrez plus d’attention ! Donc, déclamais-je en quête de dérive, la sérendipité me menait sur la grande carte virtuelle, loin du no (wo)man’s land de la démotivation rampante, à travers les sentes inodores, inondées pourtant d’essences capiteuses et irrésistibles. Et bon sang, ce poème engageait aux transports délicieux de la rêverie décadente à haute teneur spirituelle, hormis qu’il s’abstint de m’alarmer…

« Et ce parfum d’un autre monde, dont je m’enivrais avec une sensibilité perfectionnée, hélas ! il est remplacé par une fétide odeur de tabac mêlée à je ne sais quelle nauséabonde moisissure. On respire ici maintenant le ranci de la désolation.
Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul objet connu me sourit : la fiole de laudanum ; une vieille et terrible amie ; comme toutes les amies, hélas ! féconde en caresses et en traîtrises. »

Salaud de Baudelaire !

 

Je ne nie pas, je souffrais moribonde en compagnie de ce misogyne, et alors, quoi ? Il faut bien sombrer dans la déliquescence avec arrogance !

« Oui ! le Temps règne ; il a repris sa brutale dictature. Et il me pousse, comme si j’étais un bœuf, avec son double aiguillon. — « Et hue donc ! bourrique ! Sue donc, esclave ! Vis donc, damné ! »

Oui, oui, j’y vais…

 
Janvier 2016

 

La Chambre double in Petits poèmes en prose (1869), Charles Baudelaire : publication posthume – Destruction, Peinture de Carlos Schwabe pour Les Fleurs du mal (circa 1900).

 

 

Post-scriptum funéraire : alors que je mettais en page ce grand n’importe quoi, sur mon écran est apparu le blog d’un homme en chaire sobrement nommé « Mémoire de la littérature » — je veux dire que le blog s’appelle ainsi, bien sûr, mais j’imagine que ce baptême flatte l’ego de son propriétaire. Cet homo memento enseigne au… ouya ouya, Collège de France, il le précise malgré l’anonymat curieux qu’il affiche. S’étant procuré pour la première fois de sa vie, a priori, une édition annotée et néanmoins vulgaire parue chez Pocket des Petits poèmes en prose de Baudelaire, il te les torche d’un seul feuillet pour les jeter dans la cuvette des vécés de la littérature et de la poésie. Non que je donne tort à chacun de ses arguments — quoique je n’en accepte aucun en son entier —, mais que son ton plein de morgue et de supérieur mépris est lassant, son moi-je-dieu, ridicule ! Interdite, je m’infligeai un cours de morale : ces fats ont le droit d’être intolérables à ma vue dans l’expression. J’allais quitter la place quand j’avisai sa réponse au commentaire indigné d’un de ses lecteurs : il se contentait de lui corriger ses fautes, achevant la correction d’un sarcasme digne d’un pro-fesseur qui ne sait rien de l’enseignement. C’est alors que les détails de la colonne de droite me sautèrent au regard : je lisais le blog d’un fan de Finkielkrault ! J’ai tiré la chasse d’eau sur le pense-bête et je suis sortie du petit endroit.

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