Billet de très bête et méchante humeur

Je ne suis pas une intégriste, j’ai de la tendresse pour les voleurs de pommes, quand ils les mangent, et de livres, quand ils les lisent.

Je râlais hier parce que j’avais appris accidentellement qu’un article posté ici se commentait de traviole à un endroit que je ne peux voir… là, j’arrête immédiatement (facile, ici, j’ai la main) les lazzis indignés m’expliquant vertement que c’est le jeu, que je n’avais qu’à garder mon accès sur Facebook.

Effectivement, je ne joue plus… sur Facebook.

Est-ce à dire que ne plus jouer sur un réseau social me transforme en mauvaise joueuse ou que se placer hors-jeu équivaut à une disparition ? Probablement, pour les joueurs, les arbitres et les spectateurs, mais je vous assure qu’avec mes cartes, mon ballon ou mon clavier, je joue autrement, bien vivante, consistante.

Soit, disons que les règles du jeu Facebook ne m’autorisent pas à lire les murs et je me suis exclue de la fédération. J’obtempère par égard pour une considérable partie de l’humanité, laquelle ignore même mon existence — et entre nous, elle l’ignorait déjà quand je jouais. Mais, certains joueurs, de leur propre accord quand j’étais encore dans la partie, me tenaient en amitié ou en liens cordiaux, j’en connais dans la vie, parfois ils m’ont rendu visite, chez moi. Et pour ceux-là, j’ai créé un accès, une page, dans l’objectif de conserver une passerelle avec eux ; naïve ou stupide, je ne sais pas. Et je râlais hier sur cette page, sur Facebook, à leur intention, ouvertement, parfaitement transparente dans un statut vu et dédaigné (les pages ont un compteur idiot), déçue de constater, bien sûr, l’insuffisance d’une passerelle, il faut un pont quatre voies ou rien.

Enfin, bref, rien de surprenant.

Aujourd’hui, j’ai demandé l’aide — anonyme, tant pis pour ceux que ça agace — d’un dissident afin d’avoir une idée non par qui, mais comment étaient interprétées mes paroles. J’ai supprimé ensuite mon statut de ma page, comme la tête de mule ordinaire que je suis, pour répondre dans mon aire de jeu, plus modeste d’affluence et d’influence, vaguement régie par mes règles foutraques d’un autre âge ou univers.

Je rassure immédiatement l’instigateur, la présentation me réconforta, fidèle à mes propos, et si le tag était raté, l’intention de me prévenir existait. Pour d’autres, que je nommerai pas non plus parce que le monde entier s’en moque et moi aussi, je tiens juste à mon droit de réponse : j’aimerais que parfois les commentaires d’un quelconque texte soient précédés d’une réelle lecture, je suis de la vieille école. Pour eux, j’établis un questionnaire :

À quel moment mon sujet a-t-il abordé la désaffection du livre ?

À quel moment ai-je parlé de ne plus écrire ?

À quel moment ai-je confondu disponibilité et téléchargement ?

Ceux qui répondent « jamais » à chaque question ont gagné le gros lot de l’attention. Mettre sur le dos des pirates la totale responsabilité des méventes du livre : n’importe quoi ! Ne plus écrire : ce n’est pas un pirate incapable de créer qui m’en empêchera, je le méprise et j’aimerais que ça l’emmerde, sans entretenir l’espoir réaliste d’y parvenir. Dernière petite note pour les curieux : je sais me servir d’un ordinateur et possède quelques connaissances théoriques et pratiques annexes pas si minables pour une femme, un peu vieille de surcroît.

Je remercie l’expert programmeur qui suggère qu’il faut être spécialiste pour avoir le droit de discuter d’un sujet que lui maîtrise et sa sidekick empressée d’en ajouter pour pointer la bêtise de celle qui se voit, justement, seulement aller au charbon, moi. Ah ? Ça ne vous fait pas plaisir de me lire si mes paroles vous tombent sous les yeux ? C’est le retour du ramoneur, tant pis si ça vous hérisse.

Je répèterai donc mon discours précédent, car j’ai assez écouté d’âneries, avec plus de considération qu’on m’en témoigne, pour prétendre qu’on accorde un peu d’attention aux miennes, à propos des pirates de plateformes qui prônent leur amour de la liberté et celle de la culture, mais protègent surtout la leur du tribunal, à vrai dire, en arguant de leur « irresponsabilité » légale pour simplement escroquer les gens souvent plus pauvres qu’eux. Tu parles d’un engagement !

Rien à voir avec un partage culturel, je souhaiterais que ce soit bien limpide, encore moins avec un geste militant et solidaire ou politique, il s’agit de vol bêtement capitaliste, des gens s’approprient les créations d’autrui quelles qu’elles soient et en tirent du bénéfice, sans aucune bribe de conscience éthique.

Ma colère, légitime et suffisamment expérimentée comme personne vivante, concerne cet abus intellectuel qui rencontre tant de bienveillance de la part d’auteurs et de programmeurs, la preuve en est dans les commentaires décalés. Elle ne vise pas les partages entre potes : grâce au ciel, heureusement qu’ils existent ! Ils ne songent pas à en faire une distribution massive déguisée en geste humanitaire. Elle ne vise pas les Aaron Swartz, un homme que j’admire. Et elle ne me transformera pas en chasseuse de sorcières, ça m’irait mal au teint, ni en experte économico-politico-informatique, je suis démunie d’intelligence artificielle.

Bon sang, arrêtez de vous donner bonne conscience ou d’argumenter avec des justifications économiques, ou d’affirmer avec désinvolture qu’écrire est une activité tellement artistique (d’esprits supérieurs et éthérés ? je n’adhère pas du tout à cette vision) qu’on peut bien crever en l’exerçant si l’on n’est pas assez malin pour avoir un « vrai boulot », ou encore qu’en France, tout le monde est gentil, pas comme aux USA ou en Russie.

Je ne suis pas une intégriste, et tous ceux qui devraient me connaître un peu mieux (voir plus haut les liens cordiaux, etc.) savent à quel point la notion de propriété me fait défaut, j’ai de la tendresse pour les voleurs de pommes, quand ils les mangent, et de livres, quand ils les lisent.

Je suis en colère parce qu’une espèce d’idiot a copié-collé en deux minutes ma vie pendant trois ans et l’a fait en se targuant d’être un libérateur ! Et qu’en plus, vous préférez le croire pour des raisons qui dépassent mon très simple entendement d’auteure libertaire.

 

3 réactions à “Billet de très bête et méchante humeur

  1. Tu as bien du courage de t’acharner à te faire entendre hors réseau social sur le sujet. Facebook, c’est le dernier salon où l’on cause. Peu importe le sujet, peu importe que ce soit hors sujet ou non, peu importe qu’on respecte ou pas ceux dont on cause, du moment que l’on cause (et que l’on pose), dans un entre-soi rassurant, bien protégés par les barbelés numériques de Zucky…
    Je propose une autre réponse plus lapidaire, aux pirates à deux balles comme à leurs thuriféraires : FUCK OFF !

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